Univers paradoxal que celui de SBAI
Ce qui frappe, au premier abord et malgré l'éclectisme des manières, c'est la couleur, SBAI en use comme pour un feu d'artifice. La composition très harmonieuse des sujets et la réparation des couleurs sur le papier donnent immédiatement une impression de joie, de gaîté, de bonheur de vivre enfin. Et pourtant c'est là qu'est le paradoxe SBAI affectionne les personnages moroses, pour reprendre une expression à la mode « Solitude », « détresse », ou encore « veuvage » sont ses sujets préférés. Homme et femmes prostrés, au visage morne d'où émane une tristesse infiniment douce... Certaine forme de désespoir ne recèlerait-elle pas sa part de joie...? SBAI concilie ainsi heureusement le fond et la forme, quelle qu'elle soit : sa sûreté de trait, lui permet de brosser, en deux mouvements de pinceau, une attitude, un personnage seul dans un univers immatériel et très fouillé. SBAI est aussi parfois abstrait, ou parfois encore presque impressionniste. Il est tout cela à la foie. Il ne laisse pas insensible

Univers SBAI au club LEO-LAGRANGE : Le peintre d'une joyeuse tristesse
Mostafa SBAI est marocain, actuellement a Avignon, un peintre de talent. Une série de ses oeuvres (aquarelles pour la plupart) est exposée depuis mercredi au foyer Léo-Lagrange, avenue Monclar.  Référence idéologique, chocs, rencontres, lignes de rupture, force, ligne de rejet, découpage du réel en tranches de résignation trop belles pour n'être pas tristes, trop tristes pour n'être pas belles ; rempart de la peinture qui protège une réalité douloureuse, rempart de la couleur qui idéalise de la statique de la misère, rempart du barreau noir qui empêche l'objet qui finit par devenir comme révélé sous l'impact d'un traumatisme rétinien. Un être dynamique, rempart qui se plie sous les chocs d'un ou plusieurs êtres entièrement intériorisés, rempart qui empêche les créatures de SBAI de s'échapper de la toile et de venir pleurer à nos pieds dans leur splendide désespoir. Devant ou derrière : nul espoir statistique apparent du moi, car les grilles plient comme si leurs barres étaient des forces caoutchouteuses, cédant certes, mais pour mieux renvoyer l'évadé de ce point de départ ou encore en deçà de son point de départ là où ... l'intention. Ainsi s'exprime un critique au sujet de la peinture de SBAI.

Monclar: Mustapha SBAI au club Léo-Lagrange
Le quotidien sacraliséb Un peintre Marocain expose depuis mercredi soir au foyer Léo-Lagrange. Mustapha SBAI peint depuis toujours, comme il vit. Vous le verrez d'ailleurs, et vous êtes frappé si vous le connaissez, de découvrir à quel point ses oeuvres (aquarelles pour la plupart). Lui ressemblent. Simplement, gaieté et gravité, force et immatérialité... De son pays ? Mustapha SBAI a ramené les couleurs. Elles sont là qui vous appellent dès le premier regard, vives sans jamais tomber dans l'agressivité, cinglantes, variées comme celles du feu d'artifice. De son pays, il a aussi conservé une sorte de doux fatalisme, de tristesse sereine, qui n'en est pour ainsi dire pas vraiment une : certes, les sujets ne présentent rien de très optimistes : « Solitude, détresse, veuvage » sont leurs noms, mais la manière dont ils sont traités ne cède en rien au goût du drame. Au contraire, l'harmonie des tons, la netteté du trait, la douceur des attitudes offrent au tableau une nuance presque éthérée, loin de toute brutalité, loin du cri. Bien campé sur la terre qui tourne et qui nous rend pesant SBAI a les yeux tournés vers le hauts. Un « haut » qui ne signifie pas forcément ciel, ou dieu, ou Cosmos, mais qui désigne plutôt une sorte de sacralisation du quotidien.

Prix UNESCO Rabat 1972
SBAI vit toujours dans un royaume lumineux, brutal et absurde et nous fait partager sa terreur et son espérance. Sous toute sa violence picturale concentrée SBAI reste visiblement un tendre... Peu d'abstrait, dans le sens hermétique attaché à ces mots. Les symboles restent d'une aveuglante clarté. Sous l'immobilité picturale, les sujets semblent s'animer et le monde magique de SBAI crie et se crispe. SBAI peint comme il voit les choses. Il retrouve toujours l'émotion et l'hésitation de ne pouvoir mener ses oeuvres aussi Loin que ses promesses... « Ce qui importe à mes yeux, dit-il, C'est la destinée de l'art. Nous sommes tous dans le même bain, célèbres et inconnus, Dès que la passion de peindre nous habite, le même élan nous commande... Un aspect décoratif aussi, mais sans mièvrerie, là encore avec une énergie qui a quelque chose de farouche et d'obstinément tourmenté ».

« LA DECOUVERTE » Très intéressante
Exposition des toiles de Mostafa SBAI Ouvert dans le cadre de la fête de la jeunesse, patronnée par le Ministère de la jeunesse des sports et des affaires Sociales, l'exposition des attachantes toiles du jeune et sympathique artiste Mostafa SBAI, né à Berkane, ayant fait ses études picturales à Paris (Ecole du B. Art, diplômé de cet Etablissement réputé en 1966, mérite une visite détaillé. Elle se poursuivra jusqu'au 18 juillet et il serait regrettable de ne pas voir les oeuvres lyrique, dynamiques, d'un fulgurant chromatisme et d'une force étonnement expressive et quelquefois cauchemardesque, mais dans le sens le plus prenant du mot (à la Hoffmane. Idgar Poe ou Albert Duror). De cet artiste, qui expose à Oujda depuis 1965, a participé à nombre de présentations collectives (El-Jadida, Théâtre National Mohammed-V de Rabat, Festival Panafricain d'Alger) et donna aussi une exposition appréciée à Berkane, en avril 1971, après une autre exposition individuelle à Oujda. M. Mostafa SBAI a accompli en outre des voyages d'études, en profitant pour exposer quelques oeuvres, en Espagne, en France, Belgique et Hollande ; eu également au Danemark, en Suède, en Allemagne et en Grande-Bretagne.
Un sens de la souffrance et du choc rétinien Douleur, tristesse, mais aussi une étonnante vigueur plastique ; des « champs de force comme en crée la musique », a écrit un critique. Une barrière aussi, qui semble vouloir briser des lignes torturantes comme on s'arrache douloureusement à des liens. Des compositions qui seraient un peu empâtées, si la diversité éblouissante des tons et la multiplicité des détails, avec ce que D.F.P. de Northal a appelé justement un « traumatisme rétinien » ne faisaient pas oublier cette brutalité (mais combien sincère et envoûtante) d'une inspiration se refusant à des ménagement timorés. Peu d'abstrait, dans le sens hermétique attaché à ce mot. Les symboles restent d'une aveuglante clarté. Sous l'immobilité picturale, les sujets semblent s'animer et le monde magique de SBAI crie et se crispe. On a l'impression de contempler une humanité qui cherche à briser des barreaux, à calmer aussi sa misère ; mais avec des tons de vitrail, en paraissant unir le rêve à la revendication, le rictus à la tendresse. Un visible amour pour les humbles, les souffrants, les déshérité, même ces désaxés, un hippie, notamment, qui peuvent arguer de l'incompréhension et de la dureté d'une société implacable pour justifier une révolte exhibitionniste et hirsute. Sous sa violence concentrée, Mostafa SBAI est visiblement un tendre. Un aspect décoratif aussi, mais sans mièvrerie ni fadeur, bien au contraire, là encore avec une énergie qui a quelque chose de farouche et d'obstinément tourmenté.   Parmi 16 toiles toutes fortement personnalisées Notons aussi l'amour profond du peintre pour le Maroc, ses créatures, ses épreuves, ses ... ...typique, ses cérémonies traditionnelles que SBAI traite à la manière, qui est à dire vrai inimitable, strictement individualisée. Faut-il citer des oeuvres plus marquantes les unes que les autres ? Ce serait sans doute trahir le peintre... Toutes sont parfaites. En dehors d'une foule de personnage (l'auto-stoppeur, un buveur, le porteur d'eau, des petites filles maghrébines, des orphelins, un « fquih », des enfants inadaptés, une mariée, un fumeur de Kif, un cavalier arabe, un troubadour, des danseuses, etc), dont certains aussi inattendus qu'obsédants, nous tenons toutefois à signaler la qualité d'oeuvres telles que « Grand jour » (1) ; « Fantasia » (4) ; « La famine » (10) ; « Kasbah » (26) ; « Tempête » (28) ; « Honte » (39). Et aussi « Le désir d'amour » (43) ; « Refus » (50) ; « Palestine » (51) ; « Cauchemar » (53 » ; « Obsession dans l'an 2000 » sans oublier « Conquête de l'espace » et « La Paix ». Nous pensons qu'il s'agit là des côtés les plus typiques touchant les tendances et les réalisations mordantes, cruelles et caustiques parfois, mais toujours d'une franchise totale et pour ainsi dire effrayante, de Mostafa SBAI. Et comment ne pas sentir un grand souffle d'amour, de pitié et de solidarité dans tout ce monde palpitant et crucifié, réalisant le miracle de n'être pas figé sur la toile, mais pour ainsi dire de s'en échapper avec des lambeaux de chair et des plaies saignantes, en hurlant et en se convulsant désespérément ?
Cette démarche intellectuelle n'explique-t-elle d'ailleurs pas la présence d'oeuvre à texture nettement impressionniste, quand la plus totale abstraction ne règne pas. Où se trouve la réalité profonde de cet artiste ? Dans le dessin, dans le figuratif, dans l'abstrait. Comment le dire ? Ces divers aspects semblent les facettes d'un tout indissociable que vous auriez tort de ne pas aller visiter... J.L